Que se passe-t-il depuis les empreintes de main aux parois du paléolithique jusqu'à celles multiples que nous ne cessons de marquer : livres, photos, peintures, sculptures, CD et DVD, … à l'infini ? Une même envie de laisser des traces ? De quoi ? l'humanité ? l'artiste ?
Jocelyne Coster sait à coup súr le sens de ces gestes, de leur défi au temps. Et cet affront de la mort, elle l'emporte loin de tout narcissisme. Car ce qu'elle retrace, ce n'est rien moins que la terre, ses paysages cartographiés, et par-dessus le corps, ses traces digitales, pieds et mains liés à elle.
Extrait du texte d'Eric Clémens, « Empreintes ? »
Né au printemps 1969 à Mouscron, Belgique. Imagine dès sa plus tendre enfance des peintures colorées tout en dansant autour de la table de la salle à manger sur la musique de ses parents. Fait de moins en moins la distinction entre les différentes disciplines issues de la culture ‘pop’ (musique, bande dessinée, peinture...). Fidèle depuis 1994 à la galerie De Zwarte Panter (Anvers), il déserte régulièrement pour travailler main dans la main avec son ami Rémy-Poncet-Chante pour réaliser divers projets visuels et musicaux.
Aldebaran Desombergh a grandi à São Paulo. Diplomé du "75", à Bruxelles, il pratique la photographie de reportage et le documentaire de fond. Sa photographie est le résultat des rencontres les plus fortuites et incongrues. Elles sont empreintes d'un sentiment général de solitude, celle du photographe. N'est-ce pas le propre de la démarche du photographe que d'être seul derrière son objectif ? La photographie d'Aldebaran révèle des instants réels, dénués d'artifices. Au hasard des rencontres, elle bascule entre solitude et contemplation.
Mon travail s’articule autour de thèmes qui me sont chers : le temps, la trace, l’identité , l’autoportrait et la frontière. La frontière est le lieu du lien. Lien entre deux espaces, deux temporalités, deux personnes, deux cultures, deux imaginaires, deux réalités. Ce qui me plaît est de passer ces frontières ou d’en créer de nouvelles à travers l’image…
Terra Incognita
Les cultures occidentales ont, depuis des siècles, été séduites et inspirées par le corps humain. Ses représentations dans la beauté de sa nudité ont laissé à l’humanité un héritage artistique, pictural, sculptural inestimable. Des hommes et des femmes, originaire d’une Afrique profonde, ont voulu, le temps d’une photo, rappeler que c’est sur le corps lui-même que l’Afrique noire a de tout temps exprimé sa créativité.
Bien avant que tatouages, scarifications ou parures ne traduisent l’inspiration d’artistes africains, d’autres signes de reconnaissance sociaux ou culturels marquaient les corps, marques éphémères ou définitives dans lesquelles chacun reconnaissait l’autre pour ce qu’il était.
Dès les temps les plus reculés, les corps se paraient. C’est ainsi qu’un peu de terre se faisait peinture, qu’un simple coquillage devenait bijou, que des perles colorées se faisaient collier ou que des fragments d’os se muaient en bracelets.
Vivants ou morts, les corps se revêtaient de signes distinctifs ou accompagnaient leur dernier voyage d’objets destinés à les protéger dans l’au-delà. Les nécropoles mises à jour depuis de nombreuses années témoignent de l’utilisation de ces objets lorsque l’homme confiait sa dépouille à la terre.
Et aujourd’hui, des hommes et des femmes, se revêtent devant l’objectif de cette terre dans un autre voyage loin de leur terre originelle. Ils témoignent d’un certain enracinement éternel dans l’Afrique où ils puisent force d’âme et force de survie. Ils veulent clamer haut et fort, devant l’objectif, leur appartenance à ce sol à la fois éternel et d’un autre âge…
La Terre d’Afrique, telle une carte tatouée sur le corps.
Catherine Lambermont
Un site archivé pour alpha, bêta, gamma.
Un site : lieu où l'on entrepose pour des centaines ou des milliers d'années des résidus radioactifs.
Le sujet traite de la mémorisation, de l'archivage, de l'identification, de la lecture des sites de déchets radioactifs et des installations nucléaires démantelées dans notre environnement.
Cécile Massart a travaillé l'image infographique pendant plus de 10 ans. Depuis 1994 elle a choisi les nouveaux sites artificiels et leur archivage comme point de départ à un nouveau travail.
Actuellement, ce travail est résolument tourné vers un engagement pour sensibiliser au marquage. Un travail de réflexion sur la mémoire de ces « archives du futur » est en cours.
Dans le contexte présent, ils nous mettent en présence d'une situation architecturale, sociale, politique.
Dans ce contexte, il faut « chafauder » une pensée nouvelle avec, comme base, le respect du monde vivant, un monde inclusif.
Les images culminent dans des productions hautement graphiques et colorées, sous formes de photographies, de collages, de pictogrammes ou de papiers peints. Michel Moers revient aux sources d’une forme de création issue du popart, le neopop, souvent rapproché de la nouvelle illustration Depuis qu’il a décidé de se consacrer à la recherche photographique en 1990, Michel Moers nous fait redécouvrir avec fascination des images vives et lumineuses, une iconographie forte qui puise son inspiration dans le registre pop, comme ces motifs floraux, qui ont traversé les années hippies sous le mouvement Flower Power. Bien souvent ses représentations s’inscrivent dans une imagerie populaire, où transparaissent des influences de la bande dessinée, du langage des médias et des arts décoratifs. On peut certainement considérer le travail de M.M comme un art de communication, particulièrement lorsqu’il intègre ses œuvres à un format démesuré dans l’environnement urbain ou encore lorsqu’il développe des fresques lumineuses dans un espace public. Cet artiste exprime également sa singularité et sa touche d’humour dans ses papiers peints, des productions artistiques à part entière interrogeant la frontière entre l’art et les arts décoratifs. Il inclut des signes picturaux étonnants, qui sous l’effet de démultiplication, jouent entre la frontière floue du motif signifiant et de l’objet décoratif, perdu dans l’espace de la frise.
Sophie Palisse nous parle de son enfance et du rôle de la mémoire, posée comme un filtre subjectif sur le passé. Différents niveaux de représentation et de techniques se mêlent afin de mettre en évidence le travail de sélection du regard et du souvenir. Le blanc, omniprésent est à la fois un vide, un manque et en même temps, une présence. La photo est le déclencheur, le révélateur de cette absence. Entre sérigraphie, découpage et gravure, elle fait revivre des photographies familiales, donnant ainsi un regard coloré sur le passé. Le travail de Sophie Palisse parsème son chemin depuis l’enfance, peut-être pour conjurer les craintes de la disparition.
Selon Freud, la répétition se situe du côté de l’instinct de mort. Mais elle peut relever aussi de l’écholalie, qui peut tenir du perfectionnement spirituel.
Annuler le temps, l’impatience, la vaine agitation, tel est encore son rôle. Et procurer du plaisir.
Il semble que les images produites par Albert Pepermans relèvent à la fois ou tour à tour de toutes ces options. Il produit toujours de la répétition, décalée le plus souvent, mais n’intègre jamais le système de la sérialité. Et pour cause : son œuvre n’a rien de mécanique, elle garde la trace de la main, de l’humain, de la matière travaillée.
Tout est donc mouvement, ici : de l’ombre à la lumière, de la caricature à l’abstraction, de la pesanteur à la légèreté, de l’anecdote à la méditation. Certes, l’esprit de la chose dérive du pop américain mais à la manière flamande : on pense à un Érasme devant le juke-box Würlitzer, à un Permeke visitant le jeune Warhol. Qu’ils évoquent l’Arizona ou l’Allemagne de l’Est, les paysages sont en fait des tranches d’espace mental. Quant aux portraits, ce sont autant de drames secrets. L’histoire personnelle de l’artiste n’est pas loin derrière.
Elle est métaphorisée par une peinture qui est appréhendée comme une catégorie de l’existence, un mode de participation à la vie du monde. Bien sûr, la référence aux comics (de l’usage paradoxal du phylactère aux variations sur le couple heureux Mickey et Minnie) n’est pas un effet de mode.
Il s’agit d’une réflexion sur la tradition du mot dans la peinture qui s’approfondit d’ailleurs avec l’emploi d’une orthographie phonétique (“Akwarel”) à la Raymond Queneau (on n’oubliera pas de sitôt l’hapax inaugural de Zazie dans le métro, “Doukipudonktan”, ni la fameuse pentasyllabe monophasée “Skeutadittaleur”). Le poète a privilégié l’oralité parce qu’elle se manifeste au plus près du corps, de la matière. Et justement, la matière, Albert Pepermans n’a cessé de la rechercher, de l’accompagner : lisse, rugueuse, griffée – dans tous ses états possibles.
Daniel Fano
Sarah Robin est diplômée de l’Académie Royale des beaux Arts de Bruxelles en 1999. Elle a commencé sa carrière artistique en publiant un livre d’illustration à l’âge de 20 ans. Elle se consacre à la création pure, au travers d’illustrations pour diverses publications et de la sérigraphie. La sérigraphie est ainsi devenue son moyen d’expression le plus pur, le plus sincère et le plus spontané. Elle lui permet de prolonger son travail de composition graphique et de narration, en laissant place au hasard et à l’imprévu. Sarah Robin utilise, entre autre, le motif comme vecteur de la narration. Le pixel, par exemple, représente ce symbole contemporain du numérique, que l’artiste aime exploiter en l’imprimant mécaniquement, en le superposant, en le salissant. Créer des oppositions et des liens entre le numérique et la sérigraphie, le dessin au trait et l’aplat de couleur, le symbole et l’image photographique, la trame et le pixel. Elle profite aussi de l’épaisseur des tranches pour compléter l’information de l’image. L’artiste aime mélanger les genres, créer des « raccourcis » et donner l’illusion de collages. Elle superpose et s’intéresse à ce qui ressort de toutes les couches qu’elle imprime. Souvent des éléments étranges, fantomatiques ou denses apparaissent. La couleur prend une place primordiale dans sa recherche graphique et rythme le narration.
Tristan Robin s’obstine à mener, à travers le dessin, une réflexion sur notre environnement contemporain.
Il s’est d’abord intéressé aux zones industrielles en périphérie des villes.
Ces « No man’s land », qui logent les infrastructures industrielles, indispensables à toute ville pour répondre à ses besoins.
C’est à travers un travail plastique, une recherche dans les tensions entre matières pauvres, formes puissantes et lumières, que le travail cherche à faire parler ce sentiment d’amour/haine que l’on peut ressentir face à ces cités.
C’est en allant vers la lumière, à l’arrière de ces zones franches, que la désillusion est apparue dans sa forme la plus brutale. Que deviennent nos paysages: il s’agit ici d’une toute autre défiguration, celle d’un conformisme qui s’installe dans la plus grande indifférence.
L’homme se construit un cadre de vie vide de sens, où seul le cadre existe et où la vie a été oubliée.
Françoise Schein est née à Bruxelles. Elle vit et travaille à Paris tout en suivant au plus près possible ses projets dans le monde, spécialement à Rio de Janeiro où elle développe des projets artistiques dans les favelas.
Engagée politiquement et sensible à l’évolution historique des droits de l’homme, Françoise Schein a créé un lien éthique et artistique entre les villes et les pays au travers des nombreux projets qu’elle a construits considérés comme des monuments contemporains et devenus rapidement patrimoine des villes.
Elle a également conceptualisé et développé une pédagogique et une méthodologie de travail artistique extrêmement humaine pour produire ses œuvres avec la participation de population de classes sociales, d’âges et d’origines très variés, allant de jeunes enfants de 10 ans à des personnes du troisième âge. Sans barrière ni préconcepts, ils travaillent ensemble et participent à la création de structures urbaines importantes. Françoise Schein est comme un compositeur ou un chef d’orchestre qui amènent tous les musiciens à former une œuvre ensemble.
Françoise Schein a réalisé un très grand nombre de projets urbains dans des villes majeures comme : la station de métro Concorde à Paris sur le texte de la Révolution française (1989-90), la station de métro St Gilles à Bruxelles sur les frontières de l’Europe(1992), la station de métro Parque à Lisbonne sur les Grandes Découvertes(1994), la façade du Centre Culturel Beth Hagefen à Haïfa en Israël sur la paix et les frontières du pays avec la Palestine (1993), la station de métro Universitetet à Stockholm (1998) sur les problèmes environnementaux, la station de métro Westhafen sur l’immigration (2000), la station de métro Siquiera Campos à Rio de Janeiro-Copacabana sur l’esclavage et le racisme (2003). Tous ces projets ont été soutenus par des fonds institutionnels et privés.
A partir d’images « trouvées » dans les magazines ou sur les brocantes, Frédéric Thiry réalise des collages faits de couches superposées, décalées, créant à la fois profondeur et brouillage des sujets. La maîtrise technique se fait rapidement oublier au profit de l’émotion, de l’envie de connaître l’histoire qui se dissimule derrière chaque image. C’est un travail de mémoire, une forme d’hommage personnel rendu à ces petits événements du passé qui dorment généralement dans nos albums de familles. On croît y reconnaître nos propres souvenirs.
La série « Monsieur X » est née de la découverte d’une boite de négatifs photographiques sur une brocante. A travers ces photos de familles, de lieux, Frédéric Thiry a imaginé la personnalité du photographe, qu’il a nommé « Monsieur X ». Par le collage, il fait revivre chaque image, en séparant les différents plans de l’image en plusieurs couches. La superposition des différentes couches crée le relief, une sorte d’image en trois dimensions. Si l’on déplace son point de vue, l’image se décale, se brouille, devient abstraite. La technique du collage, celle de séparer les couches, de retraiter graphiquement chaque situation offre une nouvelle lecture de ces images, qui sont à la fois proches et très différentes des originaux. Chacun pourra y projeter sa propre histoire, ses souvenirs de vacances ou de fêtes de familles. Le travail de Frédéric Thiry nous incite à nous intéresser aux images, à tenter de comprendre ce qu’elles nous disent.
A l’inverse du spectaculaire, Philippe Weisbecker propose un retour vers le sens premier des choses. Les moyens techniques sont simples (le dessin), le propos également. Pour l’artiste il s’agit de rendre compte à sa manière d’objets qui l’interpellent par leur évidence. C’est donc une sorte de catalogue, d’inventaire de choses vues et connues qui prennent un sens différent dès lors qu’elles sont représentées par lui. A la manière d’un Perec en littérature, Philippe Weisbecker souhaite attirer l’attention sur le banal, le connu, l’ « infra-ordinaire », les choses que l’on ne voit plus à force de les voir chaque jour.
La sensibilité du rendu, la perspective volontairement rabattue, les repentirs des premiers tracés ou le choix des papiers font partie intégrante de l’œuvre. Cette « leçon de choses » trouve écho dans notre quotidien, où l’ « extraordinaire » perd sons sens à force d’être utilisé à tort et à travers par la publicité et les médias.